La cour d'appel chilienne annule une sentence arbitrale dans le litige Joyvio-Australis
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En bref
- La cour d'appel de Santiago a annulé une sentence arbitrale de 300 millions de dollars US contre Isidoro Quiroga.
- Cette décision a infirmé une décision antérieure du Centro de Arbitraje y Mediación de la Cámara de Comercio de Santiago (CAM), qui avait donné raison à Joyvio.
- La cour a estimé que le tribunal arbitral avait excédé les limites des demandes soumises.
- Le différend découle de l'acquisition par Joyvio, en 2019, d'Australis Seafoods.
Vue d’ensemble
La 1re chambre de la cour d'appel de Santiago a annulé intégralement une sentence arbitrale de 300 millions de dollars US rendue par le Centro de Arbitraje y Mediación de la Cámara de Comercio de Santiago (CAM) contre le homme d'affaires chilien Isidoro Quiroga et au profit de la société chinoise Joyvio. La sentence initiale faisait suite à l'achat, en 2019, par Joyvio d'Australis Seafoods, une opération d'une valeur de plus de 900 millions de dollars US, et reposait sur des demandes présentées par Joyvio concernant une surproduction prétendument non divulguée et une valorisation gonflée de la société.
Ce qui s’est passé
En août 2025, un tribunal arbitral siégeant au CAM Santiago a ordonné à Isidoro Quiroga de verser environ 300 millions de dollars US à Joyvio, au motif qu'Australis avait été surévaluée en raison d'une surproduction de saumon non divulguée avant la vente.
L'équipe juridique de Quiroga a demandé l'annulation de la sentence arbitrale, soutenant que le tribunal avait statué au-delà des demandes présentées par Joyvio, en substituant une action différente à celle invoquée puis débattue.
Le 24 juin 2026, la cour d'appel de Santiago, à la majorité de 2-1, a annulé la sentence arbitrale dans son intégralité. La cour a jugé que la décision du tribunal n'était pas congruente avec l'affaire telle que cadrée par les parties, notamment parce qu'elle accordait une réparation fondée sur une théorie (réduction du prix par restitution) qui n'avait pas été plaidée.
En annulant la sentence, la cour a estimé que la décision arbitrale violait les limites des soumissions des parties prévues par la loi chilienne sur l'arbitrage commercial international, ce qui ouvrait les causes légales d'annulation.
La décision rouvre le différend commercial plus large. Joyvio conserve la possibilité soit de solliciter la constitution d'un nouveau tribunal arbitral, soit d'interjeter appel par un recurso de queja (plainte) devant la Cour suprême du Chili, même si ces recours sont rarement admis.
Contexte
Le différend est né de l'acquisition, par Joyvio, en 2019, d'Australis Seafoods auprès de Quiroga pour 921 millions de dollars US. Joyvio a ensuite soutenu que des informations clés concernant la capacité de production et la conformité réglementaire avaient été dissimulées, entraînant une hausse artificielle du prix de la transaction et des pénalités importantes par la suite.
Le tribunal arbitral du CAM Santiago a partiellement accueilli les demandes de Joyvio, en rejetant les allégations de fraude, mais en accordant un ajustement du prix lié à la surévaluation, ce qui a conduit à la sentence controversée de 300 millions de dollars US.
Selon des informations, il s'agirait de la première fois, depuis l'adoption de la Ley de Arbitraje Comercial Internacional du Chili en 2006, qu'une sentence arbitrale soit annulée intégralement par les tribunaux chiliens pour avoir excédé le champ de la convention d'arbitrage des parties.
Pourquoi c’est important
- L'annulation de la sentence supprime une responsabilité financière record contre Quiroga et pourrait remettre à plat les procédures d'arbitrage relatives à de grandes opérations de M&A au Chili.
- La décision souligne l'importance pour les tribunaux arbitraux de limiter leurs décisions aux demandes présentées, en confirmant les garanties procédurales prévues par le droit chilien de l'arbitrage.
- Des procédures judiciaires ou arbitrales pourraient se poursuivre, mais la décision s'impose comme un précédent notable en matière d'annulation pour dépassement du mandat du tribunal.
